[ ♪ Un jour, peut-être, une photo viendra ♫ ]
Coucou les loulous ! Voilà bien longtemps que je n'ai pas posté d'article... Fin d'année, voyage (je posterai bientôt des photos !), cours, danse... Bref, beaucoup à faire ! Donc je me rattrape aujourd'hui en publiant cette critique du prix Goncourt de Nicolas Mathieu, un auteur que j'ai découvert grâce à mes cours de français !
J'admets être au départ restée un peu sceptique, au vu des premières pages, face au style de l'auteur. Cependant, il faut de tout pour faire un monde, et ici, le décrire : les termes employés sont plus qu'adaptés au contexte. Je trouve très difficile d'exprimer mon avis par rapport à ce livre ; en effet, le sujet traité, la misère, ne peut laisser indifférent personne. Je me bornerai donc à dire que ce livre est poignant, tranchant, et nous ancre fermement à la plus dure des réalités.
Le livre :
Quatre adolescents, ballotés à travers les premières fois et les obsessions, guidés par la rage de vivre, écrasés par les déceptions. Les voilà faisant leurs premiers pas dans la vie, titubant entre les tourments, les occasions ratées et celles à saisir. Quatre étés à se demander de quoi sera fait le lendemain, voilà l’histoire d’Anthony et d’autres après lui.
Quatre adolescents, Anthony, Hacine, Steph et Clem, perdus dans leur ville désindustrialisée de l’Est, leur prison. Anthony, Hacine, démunis face à leur avenir encore flou, veulent à tout prix éviter la reproduction du schéma familial ; l’un ne sait comment, l’autre s’empare du business prospère de la drogue pour y parvenir. L’évolution de chacun gravite autour de cette société, ni épanouie ni douce, et leur permet de grandir et de suivre leur voie. Violence et révolte y trouvent leur place ; d’autres mieux nées pourtant choisissent d’effleurer cette réalité sans pour autant y sombrer. Néanmoins retrouve-t-on aussi les bonheurs fugaces de la jeunesse, à travers le destin mêlé de ces quatre personnages à la fleur de l’âge.
Nicolas Mathieu nous livre ici un roman très fort, chargé à la fois des sentiments adolescents qui s’emparent des héros, mais aussi des déchirures d’une vie. Ainsi raconte-t-il l’envie de vivre et de tester leurs limites de quelques rodomonts, animés par la peur de l’ennui, les poussées d’adrénaline, les jalousies, les attirances. Le réalisme avec lequel l’auteur nous décrit la puissance de ces impulsions nous entraîne dans la peau des personnages. Nicolas Mathieu retrace avec beauté les destins brisés, les familles déchirées, le malheur arrivé par hasard : cancer, alcool… Il use des mots justes, parfois durs ou délicats, pour guider ces jeunes à travers les méandres de la vie. A travers ces rejetons de familles défavorisées, appauvries par la crise et la désindustrialisation, on affirme à ces enfants qu’ils sont chanceux, n’ont connu ni la guerre ni la famine ; Nicolas Mathieu brosse la misère des quartiers les plus touchés, les enfances qui n’en sont pas, les illusions. Enfin il s’attaque à l’éducation prodiguée par l’époque : l’alcool, la drogue, la débauche et pourtant toujours d’actualité dix-sept ans plus tard : rien n’a changé pour leurs enfants après eux.
L’auteur délimite un cadre spatio-temporel très précis, situant son histoire dans cette ville à peine urbanisée, entre 1992 et 1998, dernier été de nos quatre anti-héros finalisé par la coupe du Monde de football. Nicolas Mathieu montre leur évolution, physique comme psychologique, reflétée par l’évolution de leur cité, aussi infime soit-elle. Il use d’un style lourd, chargé, peu avare de détails, mais rien ne semble inutile. Il analyse, décortique chaque moment à la perfection et exprime des sensations parfois indescriptibles et nous touche en plein cœur ; il parle de ce qui ne se dit pas, et ce avec réalisme.